Six mille personnes se tordent la cheville chaque jour en France, selon l’Assurance Maladie — un traumatisme responsable à lui seul de 7 à 10 % des passages aux urgences. Chez le coureur ou le joueur de sports collectifs, le réflexe est souvent immédiat : filer chez l’ostéopathe dès le lendemain. Un tel raccourci mérite d’être nuancé. L’ostéopathie intervient utilement sur une cheville entorsée, mais à un moment précis du parcours de soin, jamais à la place des gestes d’urgence.

Les premières 48 heures : protéger avant de manipuler

Une entorse correspond à l’étirement, voire à la déchirure, d’un ou plusieurs ligaments qui stabilisent l’articulation lors d’un mouvement brusque. Dans les deux premiers jours, la Haute Autorité de Santé recommande le protocole RICE : repos, glace, compression, élévation du membre. Une radiographie s’impose en cas de douleur osseuse marquée ou d’incapacité totale à poser le pied, selon les règles d’Ottawa utilisées aux urgences. Aucune manipulation ostéopathique n’a sa place à ce stade : l’articulation gonflée réclame d’être protégée, pas mobilisée en force. Le maintien mécanique prime alors. Une attelle rigide se réserve aux entorses graves, pour une durée qui ne dépasse pas dix jours ; pour un soutien plus souple, les chevillères sur sport orthèse couvrent plusieurs niveaux de compression, de la simple stimulation proprioceptive jusqu’à une stabilisation ligamentaire renforcée. Selon la gravité, la guérison va d’une à trois semaines pour une entorse bénigne à plusieurs mois pour une rupture ligamentaire complète, précise l’Assurance Maladie.

Ce que travaille l’ostéopathe, une fois l’urgence écartée

Passée la phase aiguë, généralement au bout de quatre à cinq jours, certains sportifs gardent une sensation de raideur au niveau du talus ou de la malléole. Le Pr Patricia Thoreux, chirurgien orthopédique à l’hôpital Avicenne, décrit un phénomène familier aux sportifs : après le choc, l’articulation garde parfois une position légèrement décalée, comme si les surfaces n’avaient pas repris leur contact exact. Le travail ostéopathique vise alors à redonner de la mobilité à l’articulation par des techniques manuelles douces, sans forcer sur des ligaments encore en cours de cicatrisation. Martine Laurence Bloch, kinésithérapeute du sport, en précise la portée exacte : il accompagne la cicatrisation et le travail musculaire proprioceptif, sans jamais se substituer aux séances de kinésithérapie. Les ondes de choc, les ultrasons ou l’électrostimulation neuromusculaire, eux, n’apportent pas de bénéfice supplémentaire démontré à ce stade, selon la littérature retenue par la Haute Autorité de Santé. Cette distinction organise différemment le suivi entre les deux professionnels.

À quel moment programmer une séance d’ostéopathie

Les recommandations de la Haute Autorité de Santé, actualisées en mai 2025, situent le début de la rééducation dans la semaine qui suit le traumatisme, dès que la douleur le permet. Une séance d’ostéopathie trouve logiquement sa place à cette étape du parcours, en parallèle des exercices de mobilité et de renforcement prescrits, jamais avant. Intervenir trop tôt expose à solliciter un ligament encore fragile. À l’inverse, attendre plusieurs semaines laisse parfois s’installer une compensation au niveau du genou ou de la hanche, le sportif reportant son appui sur l’autre jambe sans s’en rendre compte. Chez le coureur, cette compensation se traduit souvent par une gêne au genou opposé ou une modification de la foulée, repérable après quelques kilomètres. Le repère à suivre reste celui de la rééducation classique : dès que l’œdème diminue et que l’appui redevient possible sans douleur vive, y compris pour les coureurs pressés de reprendre leurs sorties.

Le vrai risque après une première entorse : la récidive

Jusqu’à 40 % des personnes ayant subi une première entorse du ligament latéral externe développent une instabilité chronique, selon la Haute Autorité de Santé. Le chiffre interpelle. Il explique pourquoi la reprise du sport ne se décide pas sur la seule absence de douleur au repos. Les sports collectifs et les changements de direction brusques concentrent une bonne part de ces récidives, tout comme une reprise précipitée sans travail préalable de l’équilibre. Trois critères s’imposent avant de retourner sur le terrain :

  • une marche normale, sans boiterie ni appréhension ;
  • une pratique sportive habituelle sans déclenchement de douleur ;
  • une envie réelle de reprendre, signe indirect que la confiance dans l’articulation est revenue.

Un bilan ostéopathique associé à des exercices de proprioception, quelques semaines après le traumatisme, aide à repérer les asymétries persistantes avant la reprise complète. Le suivi ostéopathique s’inscrit davantage dans cette logique de prévention que dans le traitement de l’urgence initiale.

L’ostéopathie n’est ni un raccourci vers la guérison, ni un luxe superflu après une entorse de cheville. Elle occupe une place précise, entre le protocole RICE des premières heures et le programme de rééducation mené en kinésithérapie. Utilisée au bon moment, elle aide à lever les tensions résiduelles et à sécuriser un retour progressif au sport. Une cheville bien soignée dès le premier épisode reste la meilleure protection contre la récidive.